« Vous avez quelles prétentions salariales ? » Cette question gênante en entretien vit ses derniers mois. Une directive européenne va obliger les entreprises à afficher leurs fourchettes de salaire dès l'offre, et leur interdire de te demander combien tu gagnais avant. Voilà ce qui change concrètement pour toi.
D'où vient cette transparence salariale ?
Tout part de la directive européenne 2023/970, adoptée le 10 mai 2023. Son objectif officiel : faire reculer les écarts de salaire entre les femmes et les hommes, en obligeant les entreprises à mettre cartes sur table.
Effet collatéral, qui nous intéresse beaucoup ici : la fin du flou pour les candidats. Les pays membres de l'UE ont jusqu'au 7 juin 2026 pour intégrer cette directive dans leur droit national. La France est en retard : le projet de loi de transposition n'a pas encore été déposé au Parlement à fin avril 2026, et son application réelle est attendue à partir de 2027. Mais beaucoup d'entreprises commencent déjà à s'aligner.
4 choses qui changent vraiment pour toi
1. Les offres d'emploi afficheront une fourchette de salaire
Toute offre devra mentionner la rémunération initiale ou une fourchette, ainsi que les avantages liés à la convention collective. Plus de « salaire selon profil » qui ne veut rien dire. Tu sauras avant même de postuler si le poste est dans tes clous.
2. Le recruteur n'aura plus le droit de te demander ton ancien salaire
C'est probablement le changement le plus puissant. Aujourd'hui, beaucoup d'employeurs s'appuient sur ton salaire précédent pour caler ta nouvelle paie, ce qui entretient les inégalités (notamment pour ceux qui ont commencé à un salaire bas par défaut de négociation). Demain, l'historique sera hors-sujet : seules les compétences et la valeur du poste comptent.
3. Tu auras un droit d'information sur les écarts
Une fois en poste, tu pourras demander par écrit à ton employeur les niveaux moyens de rémunération, ventilés par genre, pour ton poste et les postes équivalents. Information qu'il sera obligé de te fournir.
4. Les entreprises de plus de 100 salariés devront publier leurs écarts
Et si un écart non justifié dépasse 5 % entre femmes et hommes sur un même poste, une évaluation conjointe avec les représentants du personnel deviendra obligatoire. Autrement dit : impossible de balayer la question sous le tapis.
Et la candidature spontanée dans tout ça ?
C'est le point que la plupart des articles oublient. La directive ne couvre pas seulement les offres publiées. Le texte précise que « lorsqu'il n'existe pas d'offre d'emploi, l'information sur la rémunération doit être communiquée directement au candidat, au plus tard le jour de l'entretien ».
Traduction pour toi qui envoies des candidatures spontanées : tu auras le droit d'exiger la fourchette de salaire pour le poste visé, même en l'absence d'annonce. Concrètement, ça veut dire que la candidature spontanée ne sera plus du tout un saut dans le vide côté rémunération. Tu pars avec autant d'infos qu'un candidat répondant à une offre publique.
Pourquoi tu peux déjà en profiter avant l'application en France
Même si la transposition française est en retard, le marché a déjà commencé à bouger. Selon le Hiring Lab d'Indeed, la part des offres d'emploi affichant un salaire augmente régulièrement en France en 2026, par anticipation de la nouvelle règle. Des grandes entreprises ont déjà mis à jour leurs process de recrutement pour ne plus poser la question du salaire actuel.
Tu peux donc commencer à jouer la transparence dès maintenant, sans attendre la loi.
3 conseils pour utiliser la transparence à ton avantage
- Connais ta valeur de marché avant l'entretien. Avant de discuter chiffres, regarde les benchmarks publics : APEC pour les cadres, Glassdoor, baromètres salariaux des cabinets de recrutement par secteur. C'est ta nouvelle référence, pas ton dernier salaire.
- Retourne la question avec assurance. Si on te demande tes prétentions avant de t'avoir donné la fourchette, réponds : « Je serais ravi(e) d'en parler après que vous m'ayez indiqué la fourchette prévue pour le poste, comme la transparence salariale le recommande désormais. »
- En candidature spontanée, ne sois pas timide. Tu peux glisser une indication de prétentions calée sur le marché, pas sur ton parcours passé. Et si on te rappelle pour un entretien, demande directement la fourchette comme tu en as le droit.
FAQ rapide
C'est déjà obligatoire ?
En France, pas encore. La loi de transposition est attendue au plus tard fin 2026, pour une application en 2027. Mais de plus en plus d'entreprises anticipent les règles dès maintenant.
Et si on me demande quand même mon ancien salaire en entretien ?
Tu n'es pas obligé(e) de répondre. Tu peux dire : « Je préfère m'aligner sur la valeur du poste et le marché plutôt que sur mon historique. »
Ça concerne les stages et alternances ?
Oui, dès lors que le poste est rémunéré. Stages, alternances, CDD, CDI : la transparence s'applique partout.
Et si l'entreprise refuse de me donner la fourchette ?
Une fois la directive transposée, elle s'expose à des sanctions. Mais surtout, c'est un signal : si une boîte refuse de jouer la transparence sur le salaire, demande-toi ce qu'elle te cachera ensuite.
Le mot de la fin
Cette directive marque la fin d'une asymétrie d'information qui jouait contre les candidats, en particulier les jeunes diplômés et les femmes. Tu n'as plus à deviner, plus à sous-estimer ta valeur par peur de demander trop. Le rapport de force se rééquilibre, et ça commence dès tes premières candidatures.
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